On ne peut pas dire que tous les jeux vidéos soient de bons jeux. Au mieux, un barème de points peut nous indiquer où sont les faiblesses et les points forts d’un titre, le déclarant alors comme une daube ou un chef d’œuvre (souvent entre les deux d’ailleurs). Parmi tous les excellents jeux sortants en ce début d’année, je suis tombé sur celui qui plonge le joueur dans un univers de science fiction, je veux parler de Mass Effect 2.
Je suis nouveau sur cette série (deux épisodes pour le moment, un troisième suivra), je n’ai donc pas joué au premier Mass Effect. Pas de comparaison possible entre les deux jeux, je n’avais encore jamais incarné le commandant Shepard.
J’affectionne particulièrement la science-fiction dans la littérature, voir aussi dans certain films, mais je ne me souviens pas avoir été particulièrement marqué par un jeu vidéo. Ce « genre » qu’est la SF est particulier et singulier, dans le sens ou tous les auteurs n’ont pas choisis le même angle d’approche pour imaginer des histoires dans le futur. Je ne suis pas un grand spécialiste mais j’ai lu les auteurs majeurs du style, et deux voies peuvent s’identifier : une vision du futur technologique complètement imaginaire (des voitures qui volent, des robots partout, des aliens, des villes colossales…) et une autre plus sous la forme d’une distorsion temporelle, à savoir un futur plus ou moins proche sans références hyper marquées. Une sorte de vision contemporaine malade, souvent reliée à une critique de notre société (J. G. Ballard, K. Dick…).
Mass Effect 2 se situe dans la première approche, une vision high-tech avec des robots et des races aliens, une vision futuriste classique. Dans un système de jeu proche du RPG, l’utilisation de l’équipement est primordial et là encore ME2 innove. Je pensais au départ que tout cet univers pouvait rapidement devenir un cliché de la SF, du réchauffé techno-bataille-de-vaisseaux. Je me suis vite rendu compte de mon erreur, mais plus que cela, je trouve l’univers de ME2 totalement fabuleux.
ME2 ne si situe pas du tout dans une SF expérimentale, mais bel et bien dans une vision « classique », et c’est pourquoi j’ai démarré le jeu avec appréhension. Je trouve en fait que ME2 réinvente une certaine vision de la science-fiction par le biais du jeu vidéo, une vision de qualité en tout point. Graphique tout d’abord, et cela saute aux yeux dès les premières secondes. Le niveau graphique est hyper poussé et détaillé, les personnages comme les décors sont réellement somptueux. ME2 annonce clairement la couleur, le studio de développement Bioware a maîtrisé avec une grande précision l’univers visuel du jeu. Tout est extrêmement réaliste, les personnages, leurs attitudes, les détails des visage, les armures… J’ai trouvé l’ensemble tellement complet, que les grandes qualités graphiques du jeu venaient à se faire oublier durant la partie, à la fois solides, accrocheuses, cohérentes, je n’ai pas retrouvé un tel niveau d’immersion dans un univers depuis Borderlands (une autre vision de la SF, mais totalement différente, peut-être plus « accessible »).
ME2 est adulte, pointu, et détaille avec précision son univers. Le jeu se laisse découvrir presque comme un livre, des détails sont à lire dans le Codex (en grand nombre) et le rythme est équilibré encore une fois de façon étonnante. Il y a beaucoup de dialogues avec de nombreux personnages (mais je ne vais pas tout vous révéler ici), l’histoire semble assez longue dans son ensemble (je n’ai pas encore terminé au moment où j’écris ces lignes) et les moments d’action sont présents mais dans une proportions à laquelle je ne m’attendais pas. ME2 est un jeu d’action indiscutablement, je rapprocherai son gameplay à Gears of War 2 (caméra à mi-cuisse du personnage, même sorte de rigidité) mais avec un beaucoup plus gros scénario. Dans la peau de Shepard, on fait des choix de discussions, on construit sa personnalité au fur et à mesure des heures de jeu. Toujours très accessible dans sa construction, ME2 développe des points auxquels on peut penser dans un jeu de la sorte : une histoire, de l’action, le tout suffisamment bien ficelé pour en faire un bon jeu avec de nombreuses heures de plaisir. Malheureusement, arriver à porter ces deux points à ce niveau de qualité me semble en fait assez rare.
Les phases d’actions sont intenses et très plaisantes aux commandes de Shepard et de son équipe (deux autres personnages joués par la console). L’action devient vite technique dans ses choix, sans être non plus de gros casse tête. On améliore les personnages, dans une certaine tradition du RPG, les compétences des armures et des armes (Bioware sont ceux qui ont développé Baldur’s Gate et actuellement Dragon Age: Origins). On est loin d’un fonctionnement RPG pur et dur, tout reste dans une certaine mesure de façon à rester agréable dans la gestions des menus et autre paramètres.
Véritable coup de cœur, ME2 me passionne dans une style de SF que je n’aurais pas forcement choisis les yeux fermés. Mélangeant des aspects de narrations/RPG avec des phases d’actions jouissives, je me suis retrouvé plongé dans son univers et son histoire. Faisant le parallèle avec la littérature de science-fiction, on peut retrouver le plaisir de découvrir des environnements, des détails et la personnalité des personnages. Comme dans un livre, les heures passent vite, avec à chaque arrêt l’envie de pouvoir se replonger dedans très vite. Mature et adulte (une version geek de la SF?), Mass Effect 2 combine une narration importante avec une réelle histoire, de la gestion et de l’action, et on se demande par moment quel genre de film est-on en train de visionner. Avec les échos que j’entend sur le jeu Heavy Rain (que je n’ai pas encore testé), le jeu vidéo trouve un équilibre adulte du côté de la narration. Plonger le joueur dans un film d’un nouveau genre où il fait des choix et découvre seul les éléments qui vont le composer, s’identifier au héros et le faire évoluer (dans l’histoire et dans le personnage lui-même) peut devenir le prochain mouvement renversant du JV.

